laurence d. au pays de l'entreprise

Le blog des femmes en entreprise: petit manuel de bonnes manières, d'art de vivre et de survivre

30 mai 2007

La jeune fille, le prince charmant et l'argent 5

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Les lois de l’attraction

Dans l’inconscient s’agglutinent les mots, les images, laissés par les évènements qui ont construit notre vie. Ils s’aimantent, se collent, attirés par un son, une émotion associée, loin du fonctionnement et de la logique que nous connaissons éveillées. Ils forment une chaîne qui les soude et les fait résonner tous ensemble si l’un d’eux est sollicité. Les autres suivent, ils alourdissent de leur poids l’évènement que nous vivons. Comme un jeu de dominos, collés entre eux par une extrémité de chacun, la chute de l’un entraîne les autres.

Ecouter ces mots, regarder ces images, entendre ces émotions, permet de décoller ces bouts en surcharge. Les isoler pour pouvoir les traiter, les maîtriser. Ne plus être soumises à leur force aveugle. Parvenir à gérer des situations émotionnellement chargées.

La panique, l’angoisse vous prennent quand vous manquez d’argent ? Ou simplement quand vous devez y penser ? Vous évitez d’y penser ? Vous laissez traîner les factures pour ne pas y penser? Vous évitez de parler argent avec votre patron ? Comment envisagez-vous de vivre avec vos seules ressources en cas de séparation, accident ? Vous ne l’envisagez surtout pas ?

Prenez une feuille. Installez-vous au calme. Respirez. Et écrivez. Répondez aux questions qui suivent. Défaites la chaîne qui vous enserre.

  • Quand j'étais enfant comment ça se passait avec mes parents sur les questions d'argent? De quelle catégorie sociale faisions-nous partie? Est-ce que ça a encore de l'importance pour moi maintenant?

  • De quelle façon parlions-nous de l'argent? Comment cette question se posait-elle entre mes parents? Avec chacun de nous ? Avec les membres de la famille élargie? Y avait-il une solidarité familiale dans ce domaine?

  • Comment mes parents ont-ils géré les finances familiales? Quelle était leur attitude face aux dettes, au crédit, à l'épargne? Quelle était leur attitude face aux possessions matérielles?

  • Comment ma famille évaluait-elle la réussite? Argent, propriétés, diplômes, statut social ou autre?

  • Ais-je vécu des traumatismes ou des succès liés à l'argent? Quelles leçons en ai-je tiré?

  • Quelle est ma plus grande peur au sujet de l'argent?

  • Quelles attitudes et règles me suis-je fixées maintenant dans ce domaine? Comment est-ce que j'envisage mon avenir financier, celui de ma famille?

  • Qu’ais-je appris de mon histoire familiale qui va m’aider à faire de meilleurs choix ou à changer de comportement?

(adapté du travail de Ruth McKnight, Truckee Meadows Community College Re-Entry Center)

Développez la conscience de vos émotions. Notez ce que vous ressentez, identifiez les pensées qui créent ces sentiments. Quand ces émotions ressurgiront, au lieu d’en être envahie, vous essaierez de les remettre à leur place, dans le passé. Vous pourrez les détacher de la situation que vous vivez et ainsi mieux la gérer.

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02 avril 2007

La jeune fille, le prince charmant et l'argent 4

Comment demander de l’argent à son patron

J’entends dire en France à propos des différences de comportement entre hommes et femmes avec l’argent que tout cela est une question de génération, ou encore une question bien française. Il est vrai que l’argent est encore une question particulièrement taboue en France et que ma génération n’a pas été très aidée pour apprendre à l’aborder. Au restaurant avec un jeune homme, je me devais de me repoudrer le nez quand on apportait l’addition, me disait ma mère. Je ne comprenais d’ailleurs pas comment cela pouvait se concilier avec les interdits qui pesaient aussi sur les soins du corps et qui m’empêchaient de me toucher une seule mèche de cheveux en public ! Mais bon ! Peut-être devais-je carrément m’absenter à ce moment-là et n’ais-je pas bien compris. En tout cas ce que j’ai compris, c’est que tout ça était absolument indécent, et ça m’a pas mal coupé l’appétit ensuite quand un jeune homme m’invitait.

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Première leçon : se décomplexer

C’est donc toujours avec un immense soulagement que je découvre l’abondante littérature américaine (USA comme Canada) destinée aux femmes sur cette question. Cela n’a pas l’air encore complètement inné pour elles aussi. Donc à toutes celles qui, sans être aussi vieilles que moi, n’en sont pas moins néanmoins françaises et un peu coincées sur le sujet : ne soyez pas complexées ! Tout s’apprend et nous allons nous y employer, semaine après semaine.

Ainsi cette semaine, sur le site canadien http://argent.canoe.com je découvre une enquête faite auprès des femmes et des hommes sur l’argent et le couple :

«Le gars s’occupe du char, les femmes, des courses pour les enfants», déplore la notaire Denise Archambault, qui pratique dans l’arrondissement Ahuntsic. «Les femmes de ma génération, qui ont la cinquantaine aujourd’hui, se sont battues pour l’égalité. On dirait que les jeunes ménages reviennent à de vieilles valeurs. Je le constate dans ma pratique. Les jeunes femmes ne mettent pas leur pied à terre.»

La relation des femmes à l’argent n’a pas beaucoup changé, constate aussi Dominique Gervais, avocate et conseillère budgétaire chez Option consommateurs. «C’est une question de culture, d’éducation. Les femmes ont majoritairement un revenu inférieur à celui de leur conjoint. Ce sont donc elles qui s’occupent des plus petits achats.» Petits achats qui deviennent très lourds sur le budget. Les boîtes de céréales sont vidées, les vêtements se démodent. Et le savon à vaisselle passe… dans le lave-vaisselle. Mais la voiture est plus résistante au passage du temps, et la maison demeure un actif qui prend de la valeur. (…)

Le budget familial est plus l’affaire des femmes (14% contre 8%) et, à l’inverse, l’épargne en vue de la retraite, davantage le fait du conjoint (31% contre 8%). (…)les femmes sont aussi plus inquiètes face à leur avenir. Seules 3% d’entre elles — contre 14% des hommes — se disent pas du tout préoccupées par la planification de la retraite. Paradoxalement, 13% des hommes trouvent leur conjointe pas du tout préoccupée par cette question contre 5% de femmes vis-à-vis de leur conjoint. Une fois de plus, vivent-ils sous le même toit ? »

Deuxième leçon : en parler pour apprendre

Elles ont donc les mêmes problèmes que nous, étudiés dans notre précédent numéro « Petit appétit et salaire d’appoint » (La jeune fille, le prince charmant et l’argent 3). Mais des canadiennes, me direz-vous ! Alors des américaines ? Des vraies, des Etats-Unis (les seules pour nous) ? Oui ! Mais la différence effectivement, c’est qu’elles en parlent ! Et elles en parlent beaucoup !

Le livre de Barbara Stanny « Prince charming ins’t coming : how women get smart about money » (Oubliez le prince charmant: comment l’intelligence vient aux femmes dans le domaine financier) connaîtra sa dixième édition chez Penguin Books en mai 2007 ! Preuve s’il en est que le sujet n’est pas épuisé ! Elle justifie cela en disant : « Devenir intelligente dans le domaine financier relève autant de la capacité à surmonter ses peurs, à dépasser ses résistances que d’apprendre à gérer des biens ». Elle-même hérita à 21 ans d’un père fiscaliste une fortune importante et fut ruinée en 10 ans après  par un mari conseiller financier et joueur. A la suite de cela et après une thérapie, elle comprit ce qu’elle ne s’était pas autorisée comme intelligence financière, de peur de faire fuir les hommes.

Dans son livre « Ces filles sympa complexées par l’argent » l’américaine Lois P. Frankel (Village Mondial, 2006) pointe les mêmes difficultés que celles que nous identifions en France. Et entre autres que si les femmes économisent, pour autant elles n’investissent pas. C’est ce qu’elle leur propose d’apprendre. Pas un mois non plus sans que le magazine américain « Pink », qui s’adresse aux femmes qui veulent « une belle carrière et une belle vie », n’aborde la question des investissements. La principale différence avec nous est qu’elles bossent sérieusement la question. Et que leurs aînées s’emploient très activement à leur transmettre leur expérience dans ce domaine.

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Troisième leçon : négocier

Alors, allons-y ! Prenons notre première leçon française. Comment demander de l’argent à son patron ? Prenons les basiques, c'est-à-dire le b-a-ba de toute négociation :

·        Préparer un   argumentaire

·        Anticiper les objections

·        Connaître le champ du possible

·        Choisir son moment

·        Conclure

Nous allons détailler tout cela. Mais d’abord une première précaution : l’une d’entre vous s’est entendue accusée de vénalité en demandant une augmentation de salaire. Vous vous adressez en effet le plus souvent à des hommes, parfois eux-mêmes prisonniers de stéréotypes.

Aussi utilisons l’expérience américaine ! Les auteures du livre « Women Don’t Ask : Negotiation and the Gender », Linda Baccock et Sara Laschever encouragent les femmes à négocier salaires, promotions, etc, mais les mettent en garde sur la manière de faire, à cause des comportements que les hommes attendent des femmes :

« Faites attention à la façon dont vous demandez. Si vous vous montrez très directe, que vous avez l’air d’exprimer une exigence, ce comportement de la part d’une femme agressera et bloquera vos interlocuteurs. C’est triste et bête, mais c’est comme ça : les femmes doivent « gérer » l’effet de cette demande, si elles ne veulent pas s’attirer une réponse évasive. Vous pourrez y arriver en utilisant un langage corporel « amical » (tel que le sourire et un regard chaleureux) et en exprimant votre souhait de trouver un arrangement satisfaisant pour tous. Cette attitude vous permettra alors de vous fixer des objectifs de négociation ambitieux, sans paraître pour autant menaçante.»

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o       Préparer un argumentaire

Identifiez vos résultats, vos réalisations, les compétences mises en jeu, la difficulté du contexte dans lesquelles vous les avez obtenus, leur coût, le gain financier pour l’entreprise.

Le quantitatif comme le qualitatif.

N’oubliez pas les éléments d’évaluation non chiffrables, mais essentiels, comme la contribution à l’image de marque de l’entreprise, à la motivation du personnel, à la résolution de conflits.

N’hésitez pas à vous faire un petit tableau récap qui vous permettra à vous aussi d’évaluer le poids des différents éléments.

·        Anticiper les objections pour pouvoir les contrer

Qu’est-ce que l’on peut vous opposer ? Il est essentiel de l’imaginer, pour ne pas être déstabilisée quand votre manager avancera ses objections et pouvoir y répondre.

Le site américain http://womensmedia.com vous propose un petit script à préparer « et à mémoriser, au cas où… car c’est un moment stressant et avoir cela en poche renforce la confiance et donc la conviction :

« Je suis contente de travailler pour l’entreprise et je sais que c’est bénéfique pour l’entreprise grâce à … (listez trois choses, par exemple : les contacts clients, un projet particulier, le marketing, etc) ».

Votre manager oppose ses obstacles : le budget, le calendrier, les compétences, etc.

Ayez préparé vos chiffres X, Y, Z à l’avance. Et alors, au lieu de discuter de l’obstacle, dites : « Je comprends la situation. Le chiffre que j’ai en tête est X. La plus value que j’apporte à ma fonction est Y. Et le bénéfice pour l’entreprise serait Z. »
 
Mais si vous sentez qu’il faut un peu en rabattre, fixez une date (à 3 mois, 6 mois) à laquelle vous rediscuterez de l’augmentation que vous aviez envisagée. »

Lois P. Frankel quand à elle propose une tactique qui a fait ses preuves, celle du disque rayé : vous le laissez exposer son objection, puis vous répétez le même argument  reprenant vos résultats, très gentiment, sur un ton très calme. Vous le laissez parler, vous ne vous énervez pas. Simplement vous recommencez autant de fois que nécessaire. Sauf si vous le sentez au bord de la crise de nerfs… là mieux vaut lâcher prise et savoir battre en retraite.

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o       Connaître le champ du possible

Que valez-vous ? Vous pouvez chercher des repères sur le marché externe. Les études statistiques fourmillent sur Internet :

Etudes de l’Insee,

Etudes de rémunérations de Michael Page,

guide-des-salaires.com

Guide des salaires du journal l’Expansion,

Argus 2006 des salaires du magazine Challenge

Vous pouvez également faire appel aux associations professionnelles de votre secteur et vous informer auprès de proches travaillant dans un domaine similaire. Comparez ensuite ces différentes sources d’information en prenant en compte votre niveau d’expérience et de formation. Vous établirez ainsi votre fourchette de salaire.

N’oubliez pas de pondérer vos exigences en fonction de vos responsabilités et de votre employeur, de la santé financière de l’entreprise, sa taille, ses politiques de rémunération… Et c’est là le plus difficile : connaître les marges de manœuvre internes à votre entreprise. Il faut savoir user du réseau et pas seulement féminin cette fois. Les hommes, plus à l’aise avec l’argent, sont souvent mieux informés. N’hésitez pas à les solliciter, c’est un sujet qu’ils abordent souvent avec plaisir. Bien sur vous leur parlez de politique d’entreprise, pas de leur salaire ! Un peu de hauteur de vue, que diable !

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§        Choisir son moment

Jamais entre deux portes, vous faciliteriez toutes les fuites. L’entretien annuel d’évaluation parait particulièrement indiqué. Mais ne vous laissez pas piéger par la pendule. Fixez dès le départ avec votre manager le temps imparti à cet entretien  et veillez à en garder suffisamment pour ce moment sur vos perspectives financières. S’il n’est pas habituel dans votre entreprise d’aborder cette question, ou que vous ignorez quelle pourrait être sa réaction, inutile de le braquer dès le départ en lui annonçant. Précisez seulement que vous souhaitez garder un temps suffisant pour traiter d’une question qui vous tient à cœur.

§        Conclure          

Toujours conclure : reprendre de façon précise et claire les termes de l’accord auquel vous êtes parvenus.

Si la question n’est toujours pas tranchée, laissez-lui le temps d’étudier votre requête et proposez d’en rediscuter ultérieurement. Il est possible que la chaîne décisionnelle remonte plus haut et votre manager ne peut s’engager de façon définitive. Reprendre alors clairement les termes de son engagement sur la proposition qu’il fera et fixer avec lui un prochain rendez-vous où il vous communiquera la décision prise.

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N’oubliez pas que d’autres formes de compensation sont toujours possibles: voyages, véhicule, formations, intéressement, primes, …

Restez toujours calme et professionnelle, évitez toute attitude négative ou, au contraire, enthousiaste.

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07 mars 2007

La jeune fille, le prince charmant et l'argent 3

lohmeyer

Petit appétit et salaire d’appoint

Une de mes amies, quand elle était étudiante, travailla l’été dans l’entreprise de son père. Elle découvrit que les hommes percevaient une prime que les femmes ne recevaient pas. Cette prime, dite de panier, devait couvrir les frais de déjeuner. Son père interrogé lui répondit : « Mais les femmes n’en ont pas besoin, elles sont toutes au régime ! »

Estimation de soi, reconnaissance, puissance…

Mais aussi amour, corps intime.

Comment ces sens associés à l’argent résonnent-ils pour les femmes ? disions-nous la semaine dernière en interrogeant la psychanalyse, après avoir constaté dans l’étude GEF que les écarts de salaires entre hommes et femmes perduraient dans les nouvelles générations.

Cette semaine nous interrogerons la sociologie. Comment la question se pose-t-elle en France actuellement ? Je ferai référence aux travaux du MAGE ( www.tgs.cnrs.fr) présentés lors de la journée du 8 juin 2006, disponibles aussi dans le numéro 15/2006 « Salaires féminins, le point et l’appoint » de la revue Travail, Genre et Sociétés (Armand Colin).

Un peu d’histoire

L’origine des écarts de salaires remonte à la période industrielle, nous dit Laura Lee Downs, quand le travail féminin est devenu une nécessité du fait de la guerre de 14-18. Malgré cela toutes les négociations salariales qui ont suivi sont restées entachées par la notion de salaire d’appoint, associée à l’affirmation que les femmes ont des besoins moindres que les hommes. Dans le domaine alimentaire, par exemple ! Et en obtenant le même salaire que les hommes, donc en gagnant plus que le nécessaire, elles perdraient leur motivation. Donc dans le contexte de l’époque, qui était celui du travail aux pièces dans lequel les femmes se montraient plus performantes que les hommes, mieux valait lier le salaire à la catégorie de l’ouvrier plutôt qu’à la tâche accomplie !

Dans ces négociations salariales, pointe Laura Lee Downs, l’unité économique prise en compte pour les hommes était la famille, pour les femmes l’individu. Les bas salaires des femmes jouaient de plus un rôle dans l’économie du pays : les femmes se devaient de rester une main d’œuvre bon marché dans un pays qui se relevait de la guerre, au risque sinon d’entraîner la destruction de pans entiers de l’économie !

Une jeune femme me racontait récemment qu’elle n’était pas encore parvenue à dépasser la culpabilité à laquelle son manager la renvoyait, quand elle tentait de négocier ses augmentations de salaire : il lui expliquait que ce qu’il lui donnerait ne serait pas donné à d’autres qui avaient aussi beaucoup travaillé !

Cette idée a donc la vie dure. On la retrouve d’ailleurs en entreprise, comme dans le monde politique, quand il est question de l’accès des femmes aux responsabilités.  Ce qui est donné aux femmes, est enlevé aux hommes.

Marie-Thérèse Lanquetin souligne à son tour que la notion de salaire féminin aurait du disparaître en 1946, date à laquelle la convention OIT (organisation internationale du travail) garantît des droits égaux aux femmes, déclaration reprise dans le Préambule de la Constitution française la même année. Mais c’est seulement en 1965, qu’une loi autorisera en France une femme à travailler sans l’accord de son mari. Il pouvait avant s’y opposer au nom de l’intérêt de la famille. Le code civil intégrait donc bien jusque-là la notion de salaire d’appoint.

Salaire d’appoint et valeur symbolique du travail

Et dans les esprits cette notion est encore vivace, même dans les milieux censés être les plus évolués.

Dans une entreprise très engagée sur le front de la parité, une femme de la petite cinquantaine s’est entendu dire récemment que compte tenu de son âge et de la situation de son mari, il serait temps qu’elle envisage de ne plus travailler…

D’ailleurs, étayant la persistance dans les esprits de cette notion de salaire d’appoint, Delphine Serre pointe que pour les femmes à salaire inégal, satisfaction égale ! Les jugements portés par les deux sexes sur leurs salaires diffèrent très peu. A salaire égal, les femmes se disent même un peu plus souvent que les hommes normalement payées, que mal ou très mal payées. Plusieurs explications à cela :

  • Le point de référence pris en compte pour les femmes diplômées pour apprécier leur niveau de rémunération ne serait pas celui des hommes à diplôme égal, mais celui des femmes non diplômées.
  • L’autre élément déterminant dans cette appréciation serait la situation familiale. Les exigences salariales des hommes augmentent dès qu’ils constituent une famille. Ce n’est pas le cas des femmes, sauf quand elles se retrouvent à la tête d’une famille monoparentale.

On constate ainsi qu’elles ont intériorisé la notion de salaire d’appoint. Leurs attentes sont différentes.

  • Les hommes déclarent s’impliquer pour avoir du pouvoir, de l’argent,

  • les femmes parce que ça les intéresse.

  • Elles manifestent un attachement très fort à la valeur symbolique du salaire plus qu’à son montant.

  • Elles valorisent d’avoir un travail, d’être indépendante, en se comparant à leur mère.

  • Quand les hommes cherchent à avoir de meilleures conditions salariales que leur père !

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Les jeunes diplômées d’écoles de commerce, ont les mêmes exigences que les garçons en termes de rémunération, tant qu’elles sont célibataires. Mais mariées et pourvues d’enfants, leurs exigences salariales passent au second plan. Et elles se comparent toujours entre elles.

Anne-Marie Daune-Richard va même jusqu’à dire que pour les femmes la case avenir est vide ! Puisqu’elles se comparent au passé, de leurs mères, et que les hommes eux se projettent dans l’avenir social de leur descendance dont ils se sentent responsables. On reste ainsi dans un modèle familial ancien. Les hommes, plus que les femmes, adhèrent à une représentation classique du travail liée au pouvoir et à l’argent.

Un euro gagné par l’homme ou par la femme ?

L’étude de l’affectation des ressources de l’homme et de la femme aux dépenses du ménage met à jour un partage différencié des dépenses. Il n’y a pas, nous dit Delphine Roy, d’équivalence parfaite entre un euro gagné par l’homme et un euro gagné par la femme. Ce travail a été réalisé à partir des statistiques de l’Insee sur le budget des ménages, affiné ensuite par des entretiens ethnologiques. En effet, les études officielles concernent toujours « le ménage ». Et première surprise, dans les études sur la pauvreté l’unité prise en compte est le ménage, pas le salaire en tant que donnée individuelle. Ainsi, 80% des bas salaires concernent les femmes en France, mais 83% de ces femmes vivent en couple. Et au sens de l’Insee ces femmes sont rarement considérées comme pauvres !

Néanmoins la femme ne bénéficie pas du revenu de l’homme de la même façon que si c’était son revenu. Certains postes budgétaires sont clairement sexués. Delphine Roy a utilisé les statistiques de l’Insee en regardant l’influence de la position sociale et du diplôme des deux conjoints sur la part du budget consacré à différentes dépenses. On peut ainsi distinguer trois groupes de biens :

  • Ceux pour lesquels l’argent semble indifférencié, les « causes communes » : acquisition d’un logement et éducation, au sens large, des enfants.
  • Les « biens masculins » où l’effet du revenu masculin est significativement supérieur à celui de la femme : automobile et deux roues (particulièrement les voitures neuves), les dépenses d’assurance-vie, qui semblent jouer un rôle d’assurance entre conjoints quand la femme gagne moins que son mari, et les dépenses d’habillement, même féminin ! Le vêtement de la femme serait un signe extérieur de richesse de l’homme. Les biens et services personnels entrent aussi dans cette catégorie : technologie pour les plus diplômés, « dépenses ostentatoires » d’automobile et de restaurants pour les cadres et plutôt bricolage et tabac pour les ouvriers.
  • Les « biens féminins » sont essentiellement des services marchands, comme cantine, garde d’enfants, service domestique. Ces services deviennent à domicile quand la femme est diplômée et cadre, sinon ils sont hors domicile. Ces services sont très fortement sensibles au revenu de la femme et dépendent donc de la capacité de la femme à financer un substitut à son propre travail.

Il semble à travers ce travail que pour les dépenses, comme ce qui est observé pour les tâches domestiques, l’arrivée massive des femmes dans le monde du travail n’ait pas modifié les responsabilités respectives au sein du couple.

  • Les femmes gèrent les « flux » (courses quotidiennes, périssables),
  • les hommes ont plus souvent la responsabilité des « stocks » (loyers, voiture) qui sont de gros postes budgétaires.

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La contribution féminine a tendance à être moins visible que celle des hommes, à laisser moins de traces sous forme de factures, voire de propriété de biens, ce qui devient problématique en cas de divorce.

                                               A suivre…

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19 février 2007

La jeune fille, le prince charmant et l'argent 2

Allo, Docteur Freud ?

Que nous dit la psychanalyse sur nos rapports avec l’argent ? Pendant longtemps pas grand-chose, si ce n’est argent égal stade anal, soit argent égal caca, ce que nous avons tous appris en France : c’est sale, c’est tabou, les gens bien élevés n’en parlent pas. On était bien avancé avec ça ! D’ailleurs avec les psychanalystes ça ne se discutait pas trop. Le psy fixait le montant de la séance, annonçait souverainement les augmentations sans expliquer pourquoi, exigeait le paiement des séances loupées, etc, etc. Tout cela au nom de l’efficacité thérapeutique. Et en espèces sonnantes et trébuchantes, cette fois au nom du principe de réalité.

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Donc les générations de femmes qui ont défilé sur les divans en cherchant leur émancipation, car la clientèle des psychanalystes est majoritairement féminine, n’y ont peut-être pas appris à être plus libres avec l’argent. On n’en sait rien, car on n’en parlait pas trop.

C’est pourquoi le travail réalisé par Jacqueline Barus-Michel, avec une équipe du Laboratoire de Psychologie Clinique de paris VII, est d’autant plus intéressant. Publié sous le titre « L’argent ou la magie de l’imaginaire » (in Questions d’argent, sous la direction de JP Bouilloud et V Guienne, Desclée de Brouwer, 1999), il a été fait à la demande de l’Association française de banques sur les représentations et processus psychosociaux à l’œuvre dans les rapports à l’argent.

Dans la petite enfance, nous dit-elle, l’argent apparaît comme un cadeau, un jouet, un objet magique qui s’échange contre un baiser et véhicule de l’amour. La tirelire abrite un trésor. En grandissant les règles d’échange se mettent en place. L’argent devient une rétribution de l’effort, sa récompense transmutée en achat. Un dû aussi à travers l’argent de poche qui est réclamé.

Le devoir et la dette se superposent donc au plaisir et à l’amour. Le désir prend la forme des espèces de l’argent. On passe ainsi à l’étape de l’argent gagné. Il prend la figure du salaire et il mesure le travail accompli selon des critères socialement reconnus. L’argent devient la reconnaissance sociale d’un travail où l’amour n’a plus cours. Les lois d’ailleurs tentent d’exclure l’arbitraire des sentiments. Chacun a des droits et des devoirs, régulés par les lois que l’argent symbolise en soldant, acquittant, réparant, indemnisant.

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Mais ces différentes représentations restent actives, d’abord dans l’inconscient que le contradictoire n’a jamais perturbé. Et aussi parce que face à l’argent l’on se situe simultanément dans des registres différents : conscient, inconscient, affectif, rationnel, et donc dans des logiques contradictoires.

L’argent, nous dit Jacqueline Barus-Michel, est surchargé d’imaginaire sur le plan inconscient :

  • Il ordonne les places dans les relations aux autres, dont les relations de pouvoir.
  • Il engage le corps intime en souvenir du cadeau, du baiser échangé, la prostitution en serait l’avatar ultime.
  • Il se substitue à la nourriture : il est le lait dont on a soif. Il satisfait un besoin premier de sécurité. Il est cette drogue dont on devient accro. Des conduites suicidaires des joueurs aux achats compulsifs.
  • Il porte l’amour, le don, comme la haine et le refus.

La valeur de l’argent est donc autant économique qu’affective. Mais c’est aussi un symbole, nous dit-elle encore, qui chiffre le désir :

  • Il convertit le qualitatif en quantitatif. Le sujet s’évalue, se fait évaluer ou dévaluer en termes quantifiés, monnayables à travers son temps, son énergie, sa production.
  • L’argent est confondu avec la puissance, puis le pouvoir.

L’argent est donc le support de tractations de différents types :

  • Psychiques : estimation de soi, de sa valeur, de son identité, de son idéal.
  • Psychosociales : obtention de la reconnaissance, de la satisfaction, des rétributions.
  • Socio-économiques : inscription dans de systèmes d’échanges et d’acquisitions.

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Estimation de soi, reconnaissance, puissance, mais aussi amour, corps intime. Comment ces sens résonnent-ils pour les femmes dans l’univers du travail conduit par les hommes ? Dans la vie de couple transformée par leur engagement professionnel?

                                                                                  …. A suivre

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14 février 2007

La jeune fille, le prince charmant et l'argent 1

La jeune fille, le prince charmant et l’argent

Un jour mon prince viendra… Il m’ouvrira la portière de la voiture, côté passager, avant de monter, côté conducteur. Dans la rue il marchera côté caniveau, pour m’éviter toute chute malencontreuse. Dans les restaurants il rentrera le premier, des fois qu’Al Capone et ses lieutenants soient en train de sévir. Et bien sur, il gagnera ma vie ! Je serai la reine de la blanquette de veau au milieu des petits princes que j’élèverai à plein temps.

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Ce scénario vous parait dépassé ? A moi aussi. Et pourtant… Une femme brillante se plaignait régulièrement à moi des disparités de salaires entre hommes et femmes et m’adjurait d’engager l’entreprise dans laquelle nous travaillions sur cette question. Elle me racontait comment, dans les entretiens de recrutement qu’elle faisait, les hommes abordaient systématiquement la question du salaire, les femmes jamais. Parvenue au top management de l’entreprise, elle reçoit les félicitations de ses amies. L’une d’elles lui dit : « J’espère que cette fois tu as négocié ton salaire ? ». Réponse : « Ce  n’est pas dans mes valeurs ! »

Cette fois l’histoire vous concerne peut-être ? L'argent charrie pour tous, hommes et femmes, son lot d'affects, d'histoire familiale, culturelle, de culpabilité, etc, qui cohabitent dans le plus grand désordre. Mais l'histoire de la place de la femme dans le couple, bien qu'elle évolue, donne une dimension particulière à cette question. Elle mérite donc d’être traitée de façon spécifique. Comment se pose-t-elle aujourd’hui en France ? C’est ce que nous aborderons dans cette rubrique.

Grandes Ecoles au Féminin, GEF (comprenant 9 écoles comme ENA, HEC,  ou Polytechnique, www.grandesecolesaufeminin.net), vient de rendre public les résultats de sa dernière enquête auprès des diplômés de ces écoles. L'écart de salaire entre hommes et femmes est de 28%. Même chez les jeunes (moins de 30 ans) dont on nous dit qu'elles ont su s'affranchir du passé, les femmes ont encore un écart de 18%! Pour les femmes, qui rappelons-le font en principe partie des mieux "dotées" psychologiquement, culturellement et socialement, les freins viendraient de différences de comportement...  Quatre sur dix estiment qu'elles demandent moins d'augmentations, ne savent pas mettre leur travail en avant, ont moins le goût du pouvoir et ne profitent pas des réseaux informels. Deborah Tannen, au secours!

                                                                           …. A suivre au prochain numéro

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