laurence d. au pays de l'entreprise

Le blog des femmes en entreprise: petit manuel de bonnes manières, d'art de vivre et de survivre

15 janvier 2007

Qui suis-je?

Qui suis-je?

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« D’où parles-tu camarade ? » demandait-on dans les années 70, à la faculté de Nanterre où j’étudiais alors la psychologie.

De là camarade:

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Ma grand-mère avait appris à lire, écrire et faire de la dentelle. Ma mère avait obtenu à 15 ans le droit d’aller à l’école, que ne connurent pas ses sœurs et ce fut sa plus belle victoire. Pour ma part, je suis allée à l’école et je n’ai pas aimé, j’ai fait des études, j’ai traversé une période féministe dans les années 70, puis j’ai travaillé et j’ai tout oublié. Je ne me suis pas mariée, je n’ai pas fait d’enfants, pas plus de carrière et je ne comprenais pas de quoi il s’agissait quand certaines femmes parlaient du machisme en entreprise.

Née dans une famille bourgeoise, j’avais été élevée dans la perspective de me marier et d’avoir des enfants. Les femmes se devaient de ne pas travailler. Le travail désignait soit l’absence de mari, et un statut péjoré de « vieille fille », soit sa défaillance, ce qui n’était pas mieux. Même les veuves, pour maintenir leur rang, se devaient de bricoler dans l’ombre quelques travaux d’aiguilles recueillis par une œuvre qui les vendait, et de tirer ainsi dignement le diable par la queue. Mon éducation féminine porta sur les devoirs d’une maîtresse de maison éclairée, dévouée à animer la vie sociale que son mari lui offrait, lors de dîners qui soutiendraient du même coup sa carrière. Dans les règles que ma mère m’enseigna figurait l’art de la conversation. La maîtresse de maison veillait en effet à combler les silences, à mettre tout le monde à l’aise et à recentrer immédiatement et délicatement dès qu’un sujet tabou affleurait, à savoir la politique et l’argent…

L’école dans laquelle j’étais élevée ne me proposa pas d’autre modèle. Rien ne réjouissait plus les religieuses que de venir nous annoncer que l’une d’entre nous se mariait à la fin de l’année. Dans cette perspective aboutie, on la retirait de sa classe pour lui faire suivre un petit programme accéléré de culture générale en classe de philo. A cette même époque, existait aussi un programme de terminale en deux ans, mais ne préparant pas au baccalauréat, appelé du nom délicieux d’« Humanités Féminines » : économie ménagère et culture générale. On y préparait les jeunes filles à leur futur rôle.

Quand j’étais enfant, mon père de temps à autre nous expliquait comment s’organiser financièrement s’il venait à décéder. Ma mère se refusait à en entendre parler, il lui semblait donc sage d’en discuter avec les enfants. Le marqueur de l’angoisse de mort, et de la précarité associée, devint pour moi le verre de whisky que l’homme se versait le soir à son retour. Les femmes commençaient à s’agiter, à surveiller le niveau du verre et à protester quand la bouteille repassait. L’époque avait découvert le cholestérol et l’infarctus du myocarde. L’angoisse couvait donc derrière le verre, avec le spectre du cholestérol, du veuvage et de la misère.

Vers 11 ou 12 ans l’esprit de sérieux me tomba dessus. Je redoublais et décidais brusquement de bien travailler en classe. L’idée m’était venue qu’il me faudrait un jour gagner ma vie et que pour cela il vaudrait mieux faire des études. Ainsi naquit ma première conscience féministe. Qu’une psychanalyste attribua ensuite à mes difficultés d’identification sexuelle : je voulais être comme mon père et pas comme ma mère ! Mais je fus bien vite pardonnée, elle-même ayant choisi de travailler…

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Et il est vrai, qu’enfant le soir de mon lit, j’entendais mon père dans la salle à manger familiale raconter sa journée à ma mère. Que ses exploits dans ce monde mystérieux et tellement attirant des hommes, scintillaient autrement que la vie ménagère de ma mère, entre le marché, les commandes d’épicerie et les réunions à la paroisse. Que ce monde magique, doré, dans lequel il évoluait, qui l’emmenait aux 4 coins du monde et l’entraînait de réussites en rencontres passionnantes, brillait comme un sapin de Noël que je tenterai ensuite vainement toute ma vie d’atteindre.

Le père Noël n’existe pas. Le monde de l’entreprise ne brillait pas toujours. J’y ai travaillé jusqu’à ce que je sois cette « senior » , passée du Baby-boom au Papy-boom. Mais j’ai tout de même adoré, au milieu des difficultés diverses et multiples. J’ai adoré rencontrer l’intelligence des autres, quand elle existe. Et j’ai beaucoup appris.

Intello dans l’entreprise, un peu plouc chez les universitaires, de la psychologie à la sociologie, je me suis construit un petit parcours tordu au gré des opportunités et de mes curiosités. Et une rencontre très intéressante fut celle de femmes qui, ayant percé le plafond de verre, s’en trouvèrent très seules et se retournèrent vers nous en nous tendant la main. Je ne comprenais pas ce qu’elles racontaient, puis compris très vite en les écoutant. La mémoire me revint et mon univers s’en compliqua d’autant. J’avais, non sans difficultés, intégré le monde de l’entreprise. Ses règles m’étaient longtemps restées mystérieuses. Lentement j’avais mûri entre coups de boules et déceptions. Je retrouvais brusquement dans les réunions de femmes la chaleur, la spontanéité, le rire et la fantaisie que j’avais toujours connus avec mes sœurs et mes amies. Très insolite dans le monde sérieux des hommes qui travaillent. Salut les filles ! criait-on. Mais, j’étais encore en entreprise…. Et commettais de nouveaux faux pas… D’un code à l’autre, il fallait savoir jongler ! Je dû apprendre à nouveau !

Alors à toutes celles qui rament dans le monde du travail, entre carrière, embouteillages, couches-culottes et réunion de parents d’élèves, art de vivre, culpabilité, séduction, épuisement et prétendu équilibre de vie, j’ouvre ce blog et leur propose de me suivre dans les apprentissages qui sont les nôtres. J’ouvre un livre, celui des femmes en entreprises. Petit manuel de bonnes manières, d’art de vivre et de survivre.

Posté par laurenced à 14:01 - Qui suis-je? - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


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